Deux ans de retard, elle avait deux ans de retard sur les évènements au quotidien.
Le paysage avait changé.
Quand les dernières fleurs avaient-elles fané ? Depuis quand le rosier sur sa fenêtre avait-il gelé ? L’eau qu’elle s’obstinait à jeter en pluie sur la pauvre plante, avait déposé une pellicule blanchâtre. Il gelait donc dehors ? Il faisait froid ?
Depuis quand portait-elle la même robe de chambre ? Depuis quand tripotait-elle inlassablement le troisième bouton en partant du haut ? Un, deux, trois. Ceux qui suivaient, restaient ouverts sur une longue chemise de nuit bleuâtre, grisâtre.
D’un même mouvement elle ouvrait et fermait les contrevents ; ils marquaient le jour et la nuit : jour ouvert, nuit fermé.
Elle était fleur elle-même, fleur oubliée. Elle renaissait encore chaque année d’un bouton sauvage, conséquence d’un instinct de survie : une fleur qui à chaque éclosion, était de plus en plus petite.
Puis l’obscurité totale s’installa, l’obscurité du dedans, celle qui tient les fenêtres closes… Elle ne prit que deux lignes dans le journal, histoire de ne pas perdre de temps.
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